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Ruby Villar-Documet

Neurosciences et Psychophysiologie Clinique Appliquée

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Le Syndrome d’Asperger (TSA) Diagnostic, Décryptages, Neurofeedback

5.- Critères diagnostiques – DMS IV pour le syndrome Asperger :

Le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), émis par la société américaine de psychiatrie, fournit dans sa version 4 (DSM-IV) des critères concis permettant de diagnostiquer le syndrome d’Asperger. Il ne s’agit pas de la seule méthode de dépistage, mais elle fournit une vision d’ensemble du syndrome d’Asperger.

Selon le DSM-IV, pour être diagnostiqué Asperger, un individu doit remplir les six critères suivants
1. Altération qualitative des interactions sociales Le sujet doit présenter au moins deux des symptômes suivants
§ Altération marquée dans l’utilisation, pour réguler les interactions sociales, de comportements non-verbaux multiples, tels que le contact visuel, la mimique faciale, les postures corporelles et les gestes.
§ Incapacité à établir des relations avec les pairs correspondant au niveau du développement.
§ Le sujet ne cherche pas spontanément à partager ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec d’autres personnes (par exemple, il ne cherche pas à montrer, à désigner du doigt ou à apporter les objets qui l’intéressent).
§ Manque de réciprocité sociale ou émotionnelle.

2. Caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements, des intérêts et des activités Le sujet doit présenter au moins un des symptômes suivants
§ Préoccupation circonscrite à un ou plusieurs centres d’intérêt stéréotypés et restreints, anormale soit dans son intensité, soit dans son orientation.
§ Adhésion apparemment inflexible à des habitudes ou à des rituels spécifiques et non-fonctionnels.
§ Maniérismes moteurs stéréotypés et répétitifs (par exemple, battements ou torsions des mains ou des doigts, mouvements complexes de tout le corps).

3. La perturbation entraîne une altération cliniquement significative du fonctionnement social, professionnel, ou dans d’autres domaines importants.
4. Il n’existe pas de retard général du langage significatif sur le plan clinique
Par exemple, le sujet a utilisé des mots isolés vers l’âge de 2 ans et des phrases à valeur de communication vers l’âge de 3 ans.

5. Au cours de l’enfance, il n’y a pas eu de retard significatif sur le plan clinique. Aucun retard significatif n’a été constaté dans les domaines suivants
§ Le développement cognitif.
§ Le développement, en fonction de l’âge, des capacités d’autonomie.
§ Le développement, en fonction de l’âge, du comportement adaptatif (sauf dans le domaine de l’interaction sociale).
§ Le développement de la curiosité pour l’environnement.

6. Le trouble ne répond pas aux critères d’un autre trouble envahissant du développement spécifique, ni à ceux d’une schizophrénie.

Décryptage et illustration du DSM-IV
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Les critères du DSM-IV ont été rédigés à l’intention des professionnels de santé. Les textes qui suivent ont pour objectif de présenter les symptômes d’une manière plus simple et plus illustrée. Pour être diagnostiqué Asperger, l’enfant doit obligatoirement présenter les caractéristiques suivantes :

1. Des difficultés marquées dans la socialisation et la communication.
Au moins deux des quatre points suivants.-
§ Il ne communique pas normalement. Il ne regarde pas les autres dans les yeux, son visage est peu expressif et sa voix monocorde. Il n’utilise pas les gestes de la main pour illustrer son propos, et ses postures corporelles sont statiques. Il ressemble parfois à un automate doué de parole.
§ Il a du mal à se faire des connaissances et à les garder. Il n’aime pas jouer avec les enfants de son âge, qu’il trouve inintéressants, et préfère les interactions avec les adultes. Lorsqu’il parvient à se constituer un cercle de connaissances, il adopte avec eux un comportement dominateur et décalé.
§ Il n’a pas tendance à partager ses plaisirs avec les autres. Il est solitaire, et s’adonne seul aux activités qui l’intéressent. En revanche, si l’on manifeste un intérêt pour ce qui l’intéresse, il peut en parler durant des heures et ne sait plus s’arrêter. Il ne remarque pas l’ennui chez son interlocuteur.
§ Il semble manquer d’instinct social et ne réagit pas comme les autres enfants lorsqu’il est confronté à des situations typiques (par exemple, lorsqu’un de ses camarades tombe, il ne l’aide pas à se relever, ou bien il ne va pas chercher la balle lorsqu’elle a quitté le terrain de jeu). Il ne remarque pas les situations qui exigeraient de lui une réponse. Il a une forte tendance à ne pas se rendre compte que ses propos sont blessants, et est réticent aux excuses. Il manifeste peu de signes d’attention ou d’affection à l’égard de ses proches, sauf lorsqu’il y a un intérêt ou qu’il se sent concerné. Il parle constamment de lui, et ne s’intéresse pas aux autres ni à ce qu’ils ressentent.

2. Des intérêts restreints et très marqués, un mode de vie routinier et des maniérismes.
Au moins un des trois points suivants.-
§ L’enfant possède un ou plusieurs centres d’intérêts auxquels il consacre l’essentiel de son temps et de son énergie. Ces intérêts ont souvent un caractère envahissant, et peuvent concerner des sujets étranges ou peu courants (par exemple, les piles électriques, les panneaux de signalisation, les aspirateurs…). L’enfant manifeste peu d’intérêt pour les sujets différents de ses intérêts favoris.
§ L’enfant a une tendance marquée à la routine. Il dessine, s’habille et joue toujours de la même manière. Il manifeste son mécontentement ou sa colère lorsque ses habitudes sont modifiées, ou qu’il est interrompu. Il est réticent au changement, même lorsqu’il est motivé et expliqué. Il évite de prendre des risques, et ne ressent pas le besoin de modifier quelque chose qui, selon lui, fonctionne bien. Il n’est pas ouvert aux suggestions.
§ Il présente des tics ou maniérismes moteurs, qui peuvent ne se manifester que lorsqu’il est seul, anxieux ou qu’il fournit un effort intellectuel intense. Il peut se balancer doucement sur lui-même, tordre ses mains, bouger de manière frénétique et soudaine, ou encore émettre involontairement des sons répétitifs. Il peut aussi développer des troubles obsessionnels compulsifs.

3. L’enfant présente un déficit de socialisation, d’intégration ou des difficultés scolaires.
Il a peu ou pas d’amis et ne parvient pas à les conserver. Il est ostracisé par les autres enfants, qui le trouvent bizarre. Lorsqu’il tente de se faire ses amis, il adopte un comportement autoritaire qui ne suffit pas à masquer son décalage par rapport aux autres. Il peut être victime de brimades. Il a des difficultés importantes à travailler en équipe, ou à pratiquer un sport collectif. Il participe trop ou trop peu à la vie de la classe, et peut se trouver en échec scolaire. Il ne sait pas entretenir une conversation banale, et ne sait parler que de lui ou de ses intérêts.

4. L’enfant a une maîtrise supérieure à la normale du langage.
Le très jeune enfant a pu (ou non) présenter un retard de langage, qu’il a très rapidement comblé par la suite. Il parle très bien, possède un lexique riche, ne commet que très peu de fautes à l’écrit comme à l’oral. Il a tendance à corriger les autres lorsqu’ils en commettent. Son expression est complexe, et fait appel à de nombreux adjectifs et adverbes, même lorsqu’ils sont parfaitement inutiles, ce qui a pour conséquence de compliquer ses phrases. À cause de sa manière de s’exprimer, il passe pour quelqu’un de pédant et prétentieux. Il peut utiliser son aisance à l’oral pour affirmer son autorité et dominer ses camarades.

5. L’enfant n’a pas présenté de retard de développement cliniquement significatif.
L’enfant ne souffre d’aucun déficit intellectuel, et peut au contraire être ressenti comme intellectuellement précoce. Il a été propre, a su s’habiller et se laver à l’âge normal, ou très légèrement en retard. Il a pu présenter un retard dans l’acquisition de la marche. Il a manifesté une curiosité normale (ou précoce) pour son environnement. Il a acquis les codes sociaux fondamentaux à l’âge normal (politesse, habillement…)

6. Le trouble de l’enfant ne correspond pas aux critères d’un autre TED ni à ceux d’une schizophrénie L’enfant doit satisfaire à tous les critères suivants.-
§ L’enfant ne présente pas toutes les caractéristiques de l’autisme infantile
Pas d’indifférence aux autres
Pas d’altération sévère du langage
§ L’enfant ne présente pas toutes les caractéristiques d’autisme atypique
Pas de déficit intellectuel
Pas de tendances psychotiques
§ Si l’enfant est une fille, elle ne présente pas tous les critères du syndrome de Rett
Pas d’altération du langage
Pas d’altération de la marche
Pas d’altération du développement psychomoteur
Pas de perte de l’utilisation volontaire des mains (entre 6 et 30 mois)
§ L’enfant ne présente pas toutes les caractéristiques d’un trouble désintégratif de l’enfance
Pas d’altération du langage
Pas d’altération du développement psychomoteur
§ L’enfant ne présente pas toutes les caractéristiques d’une schizophrénie
Pas d’altération de l’hygiène
Pas d’altération des fonctions pratiques (s’habiller, se laver…)
Pas d’apathie (En raison de leur manque d’expressivité et de leur caractère solitaire, les enfants Asperger peuvent passer pour apathiques, bien qu’ils ne le soient pas)
Pas de langage incohérent.
Pas de troubles de la mémoire
Pas de propos incohérents (Beaucoup d’enfants Asperger s’expriment par métaphores. Ils peuvent par exemple dire « je pars en voyage » au lieu de « je vais faire des courses ». Pour l’enfant Asperger, ces deux expressions expriment une idée similaire, et il peut choisir d’employer indifféremment l’une ou l’autre, parce que toutes les deux expriment l’idée de son départ. À l’inverse, les propos incohérents typiques de la schizophrénie n’ont aucun rapport direct à la réalité)
Pas d’expériences délirantes ni d’hallucinations
Pas de manque d’anticipation (Au contraire d’un schizophrène, un enfant Asperger anticipe tout en permanence et est rarement pris au dépourvu).

…Les critères de diagnostic exposés supra regroupent sous une forme synthétique une myriade de symptômes différents, et sont souvent perçus comme trop généralistes par les parents qui s’interrogent au sujet de leur enfant. Les grandes caractéristiques du syndrome d’Asperger peuvent en effet se manifester d’une façon différente d’un enfant à l’autre.
Les parents doivent garder à l’esprit que le syndrome d’Asperger entraîne très souvent l’apparition d’autres pathologies dans son sillage, notamment des troubles anxieux. Tous les enfants présentant des troubles anxieux ne sont pas nécessairement atteints du syndrome d’Asperger. En revanche, si les troubles anxieux ne suffisent pas à expliquer l’intégralité des symptômes de l’enfant, et que celui-ci satisfait aux critères du DSM-IV, on peut envisager la possibilité qu’il soit atteint de ce syndrome.

Aucun enfant Asperger ne présente tous les symptômes à la fois. Il est capital de comprendre que malgré son allure anodine, le syndrome d’Asperger est un handicap réel et très important dans le développement de l’enfant. Un enfant pris en charge par une équipe thérapeutique peut faire des progrès rapides et considérables en matière de socialisation et de maîtrise de lui-même. Sans prise en charge, l’enfant va tenter de compenser maladroitement son handicap durant sa vie entière, et a de fortes de chances de connaître une précarité sociale, affective et professionnelle.

Le diagnostic est aussi important pour les parents que pour l’enfant, parce qu’il permet de mettre un nom sur les particularismes de l’enfant. Les parents se trouvent soulagés de trouver enfin des explications au comportement de leur enfant. Au fur et à mesure qu’il apprend à connaître son syndrome, l’enfant comprend enfin pourquoi il éprouve tant de difficultés à gérer les relations sociales. Le diagnostic apporte une amélioration de l’estime que l’enfant se porte à lui-même, qui est souvent déficitaire chez les enfants Asperger.

Références :
Bernard Marin « Symptomatique du syndrome d’Asperger chez l’enfant »
Attwood Tony « The complete guide to Asperger’s Syndrom »