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Ruby Villar-Documet

Neurosciences et Psychophysiologie Clinique Appliquée

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Le Syndrome d’Asperger (TSA) Diagnostic, Décryptages, Neurofeedback

4.- Complexité du diagnostic :

 Contrairement à l’autisme conventionnel (autisme infantile dit « autisme de Kanner »), la symptomatique du syndrome d’Asperger est très complexe. Alors qu’un enfant autiste présente rapidement des signes qui ne trompent pas (retard ou absence de langage, absence de considération de l’autre, refus parfois violent du contact physique…), le comportement de l’enfant Asperger, s’il est atypique, est à première vue insuffisamment étrange ou handicapant pour faire songer à une pathologie.

Une reconnaissance récente :
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Si la découverte du syndrome d’Asperger date maintenant de 70 ans, sa reconnaissance à grande échelle par la médecine est très récente. Les travaux de Hans Asperger n’ont pas été diffusés avant les années 80, et le syndrome d’Asperger n’a fait son entrée dans la classification mondiale des maladies qu’en 1993. En conséquence, de nombreux psychiatres et psychologues n’ont jamais été formés au diagnostic de ce syndrome et manquent de connaissances à son sujet, ce qui peut les conduire à des erreurs de diagnostic. C’est pour cette raison qu’en cas de suspicion de syndrome d’Asperger, il est fortement conseillé de se tourner vers le Centre de Ressources Autisme (CRA) le plus proche, qui offre la garantie d’un personnel compétent.
Plusieurs des principaux symptômes du syndrome d’Asperger sont identiques à ceux d’autres troubles, si bien que les professionnels peu familiers de ce syndrome peuvent poser un diagnostic erroné en ne prenant en compte qu’une partie des symptômes de l’enfant. Un enfant Asperger pourra par exemple être diagnostiqué comme intellectuellement précoce, comme hyperactif, ou encore comme sujet à des troubles anxieux ou obsessionnels compulsifs (TOC). Si les symptômes qui ont permis ces diagnostics peuvent être bel et bien présents chez un enfant Asperger, ils s’inscrivent alors dans un spectre plus large que le professionnel peut ne pas avoir remarqué. À l’inverse, il existe des cas plus rares où un enfant peut être diagnostiqué comme Asperger alors qu’il ne l’est pas.

Déroulement du diagnostic :
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Pour résumer, le syndrome d’Asperger ne peut être diagnostiqué chez un enfant que s’il présente un faisceau très précis de symptômes, et qu’il les présente tous. Ainsi, un enfant présentant des symptômes de troubles anxieux ne sera diagnostiqué Asperger que s’il présente simultanément d’autres symptômes typiques de ce syndrome. En l’absence de ces symptômes supplémentaires, le diagnostic se limitera à un trouble anxieux. Le diagnostic d’Asperger exige donc que l’enfant présente l’intégralité des principaux symptômes de ce syndrome. Dans le cas contraire, le diagnostic devra s’orienter vers d’autres pathologies.
Il existe diverses grilles de diagnostic pour dépister le syndrome d’Asperger, et toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Les critères arrêtés par la société américaine de psychiatrie seront donnés plus bas à titre indicatif. En règle générale, le dépistage du syndrome d’Asperger chez l’enfant durera plusieurs semaines. Il comprendra une série de questionnaires que l’on fera remplir à l’enfant ou aux parents, des séances d’évaluation auprès d’un orthophoniste, divers examens psychoaffectifs (comme identifier des expressions faciales à partir de photos) ainsi que des consultations avec un psychiatre et un psychologue.

Adaptation des enfants :
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Par ailleurs, un autre paramètre vient compliquer le diagnostic : les enfants Asperger ont en effet pour caractéristique de chercher par tous les moyens à gommer leurs différences. Leur premier souci est de se fondre dans le moule de la normalité, et ils peuvent être particulièrement doués pour cela. Leur grand sens de l’observation et leur talent d’imitateurs leur permettent d’employer les codes sociaux d’une manière apparemment normale. À mesure qu’ils grandissent, les enfants Asperger acquièrent de plus en plus d’expérience. Ils savent ce que l’on attend d’eux dans telle ou telle situation donnée, et jouent souvent leur rôle à la perfection, en imitant les comportements qu’ils ont pu observer autour d’eux. Contrairement à un enfant typique, l’enfant Asperger ne comprend que peu de chose — voire rien du tout — à ce qu’il met en oeuvre, et ce qui passe pour une spontanéité sociale normale n’est en fait qu’un jeu de rôle parfaitement rôdé qu’il sait conforme à ce que l’on attend de lui. Un enfant Asperger peut être très bien élevé et relativement expressif, mais au-delà des conventions sociales et des expressions toutes faites, il sera incapable d’expliquer ce qui motive son comportement. Pour cette raison, les enfants Asperger peuvent rapidement passer maîtres dans l’art de paraître normaux, et compliquer fortement le processus de diagnostic en masquant les aspects les plus visibles de leur syndrome.
La présence des parents est nécessaire à l’établissement du diagnostic parce qu’ils constituent une précieuse source d’informations pour le professionnel. En tant que personne proche de l’enfant, ils peuvent apporter un témoignage objectif concernant son comportement et ses aptitudes, et aider ainsi le professionnel à identifier les éventuelles déformations (volontaires ou non) introduites par l’enfant. – Par exemple, Tony Attwood cite le cas d’un adulte en cours de diagnostic, qui affirmait que durant son enfance, il avait régulièrement invité des amis chez lui pour jouer avec lui. À première vue, cela infirmait l’hypothèse d’un déficit de socialisation. Mais lorsque M. Attwood a interrogé la mère de l’enfant à ce sujet, elle lui a répondu qu’en effet, d’autres enfants venaient régulièrement à la maison, mais que son fils ne jouait jamais avec eux : il restait dans son coin avec ses propres jouets, et en prêtait d’autres à ses visiteurs, évitant ainsi toute forme d’interaction sociale.

Références :
Bernard Marin « Symptomatique du syndrome d’Asperger chez l’enfant »
Attwood Tony « The complete guide to Asperger’s Syndrom »